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Home News Interview de la semaine GABRIEL SINTAT SINTAT « LE  JEU DE CAILLOUX  EST ENTIEREMENT UN JEU DE VITALITE DONT L‘INFLUENCE PORTE  SUR LES CORPS PHYSIQUES ET MENTAUX »

Gabriel Sintat Sintat est spécialiste du génie chimique, d’organisation et méthode d’histoire de l’art (arts d’Afrique).Il est également attaché d’enseignement d’universités. Il s’intéresse particulièrement aux jeux traditionnels camerounais. Dans l’interview qu’il nous a accordée il parle de la relation entre les jeux traditionnels et les principes culturels et décrit à la suite le jeu traditionnel Ngam.

Comme attaché d’enseignement à l’université de Yaoundé 1, vous vous intéressez particulièrement aux principes culturels des jeux traditionnels camerounais. Alors quel lien existe- t-il entre les jeux et les principes culturels ?

La culture, pour bien et simplement le dire, est « ce qui reste quand on a tout oublié ». C’est un agent de construction qui, en nous, façonne et exprime l’Etre profond. Son élément constitutif, comme en médecine, en nutrition ou en agriculture, pourrait être comparé à un principe actif ou à la substance d’une graine dans laquelle se trouve enfermé (résumé) l’arbre tout entier et qui a le pouvoir de féconder la terre. Le principe culturel, porteur du « gêne » de l’édification culturelle d’une communauté, trouve dans l’activité du jeu, un sol fertile et propice à l’ensemencement de l’idéal et à la fécondation des corps physiques, mentaux et spirituels nécessaires.

Il existe un jeu appelé Ngam ou Ntuk diban chez les Basaa pouvez vous nous parler de ce jeu ?

Le niveau actuel de la recherche scientifique entreprise à l’Ecole Normale Supérieure de l’Université de Yaoundé 1, la première recherche dans le domaine qui nous concerne ne permet pas de situer l’origine réelle du Ngam. Mais nous pouvons relever que Chez les Bamum, les Beti, les Basaa et dans quelques autres communautés, les mots Ngam, Ngame ou Ngambi désignent l’araignée mygale, agent bien connu de l’activité divinatoire dans l’univers africain. Le nom Ngam, attribué au jeu de construction de l’être culturel que les jeunes nomment couramment « jeu de cailloux », est très évocateur. Sa signification en basaa (« mon protecteur », « mon bien aimé », « ma consolation et ma joie de vivre » etc…) traduit un degré de familiarité prononcée qui, eu égard à la distribution des cartes ou au jet de dé qu’on rencontre dans le jeu du hasard ou bien au jet de sort et à la projection de bambous qu’on utilise pour diviniser, nous inclinent à penser à l’existence en son sein de riches et profonds enseignements culturels bénéfiques inexplorés. En peu de mots, le Ngam se joue en position assise, les jambes écartées, avec 7 pions qu’on jette au sol en essayant (au moyen d’ordres mentaux) de leur imposer des regroupements stratégiques de telle manière qu’en ramassant un nombre de pions désirés, il soit possible d’éviter d’en heurter accidentellement d’autres. Sa règlementation préconise que le joueur ramasse un pion ensuite le projette en l’air et, en même temps qu’il le rattraper, en ramasse un ou plusieurs autres pions parmi ceux restés au sol. L’on y évolue comme dans un cycle scolaire, avec des classes comprenant un ensemble d’épreuves calibrées qui pourraient correspondre aux exercices de différents niveaux d’apprentissage. Des postures sportives et de nombreux mouvements simples ou complexes souvent cathartiques, y sollicitent et affinent le corps et l’esprit du joueur et son spectateur. Le jeu de cailloux est entièrement un jeu de vitalité dont l‘influence porte sur les corps physiques et mentaux qui regroupent un grand nombre de principes culturels chers à l’accroissement et à l’épanouissement de l’être.

Deux jeunes filles entrain de jouer au jeu de cailloux

Vous venez de dire que le jeu Ngam évolue comme dans un cycle scolaire,quels sont précisément les différentes séries et étapes que les joueurs doivent traverser ? Le « Ngam » s’apparente effectivement à un cycle scolaire normal (le premier de l’enseignement primaire) couronné d’un examen de validation, représenté par les 7ème et la 8 ème série qu’on exécute à un rythme plus accéléré. Les joueurs peuvent décider du nombre de match d’une compétition. Listons donc ces séries et leurs étapes : 1er série : « Ntoñ Disé » (Fil de lièvres), SIL dans le système scolaire, caractérisée par le ramassage des pions un par un 2ème série : « Nlop Nkana » (Hameçon), Cours préparatoire dans le système scolaire, caractérisé par le ramassage des pions par groupe de deux 3ème série : « Méé ma Nkoň » (Seins de jeune fille), Cours élémentaire 1 dans le système scolaire, caractérisé par le ramassage des pions par groupe de trois 4ème série : « Kop i Soo », (Manche de Houe), Cours élémentaire 2 dans le système scolaire, caractérisé par le ramassage par groupes de deux puis de quatre pions 5ème série : « Méé ma Mbona » (Manche de machette), Cours moyen 1 dans le système scolaire, 6ème série : « Ikoda Nyoo » (Queue de serpent), Cours moyen 2 dans le système scolaire, caractérisé par le ramassage (d’un seul trait) des six pions répandus au sol

Validation du résultat final

Elle s’exécute rapidement d’une seule et même main, en deux séries.

7ème série : Exécuter 03 fois l’épreuve suivante

1. Tenir les 07 pions du jeu dans la main 2. Projeter l’un d’eux en l’air 3. Regrouper les 06 autres au sol 4. Ramasser (d’un seul trait) tous les pions regroupés 5. Capturer le pion lancé en l’air

8ème série : Exécuter 03 fois l’épreuve suivante

6. Tenir les 07 pions du jeu dans la main 7. Projeter l’un d’eux en l’air 8. Toucher, du même doigt de la même main contenant les 06 autres pions, le sol (une fois) et trois parties du corps qui vous sont exigées (une fois chacune) 9. Capturer le pion lancé en l’air.

Quel est donc l’intérêt de ce jeu ?

S’agissant de l’importance ou de l’intérêt, le « Ngam » ainsi que de nombreux jeux traditionnels camerounais, dont près d’une trentaine sont mises en étude au Département de Langues et Cultures Camerounaises de l’Ecole Normale Supérieure de l’Université de Yaoundé1, constitue un inestimable patrimoine culturel dont nous sommes en droit d’être fier. Pour s’en convaincre, nous n’avons qu’à voir, sur le plan culturel et touristique au moins, l’apport qui aurait pu être le leur au récent Comice agro-pastoral d’Ebolowa 2011, à la prochaine fête de la jeunesse ou à de nombreuses autres occasions à venir.

Vous avez souligné que le « ngam »encore apellé « ntuk diban » est un jeu qui possède plusieurs principes culturels.Alors pouvez-vous nous citer quelques-uns ? Comme principes, nous avons l’amour, l’honnêteté, le respect, la compétitivité (endurance), le contentement, le courage, la ruse, l’équité pour ne citer que ceux là. En sollicitant l’intelligence, l’attention, et le jugement , le Ngam renforce l’adresse, le calcul, le calme, la concentration et permets de développer l’aptitude à réaliser la mesure spontanée d’une situation difficile ou d’un événement inattendu , d’analyser les enjeux, de calibrer les réponses , de réagir rapidement en toute quiétude et avec précision sans perdre de temps. Ces épreuves qui sollicitent à la fois le corps physique et l’âme permettent à la communauté d’asseoir de nombreux bons reflexes dans de nombreux aspects de la vie.

Avez-vous un dernier mot à dire sur la préservation des jeux de la communauté Basaa ? A travers ses jeux, le peuple Basaa joue, chante et danse les séquences tristes et joyeuses de sa vie pour pérenniser et pour transmettre aisément une mémoire, des techniques et des connaissances positives de sa culture à sa postérité sans risquer de les exposer aux éventuelles déformations nocives et aux actions réductrices des cultures étrangères. A la faveur du défi culturel national lancé à toutes les communautés, par le Gouvernement camerounais, à travers l’enseignement généralisé de nos langues et culture, le peuple Basaa tout entier devrait se mobiliser et s’organiser afin der partager le précieux patrimoine de ses jeux traditionnels avec le monde entier qui attend.

Propos recueillis par TATIANA MATJE

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