EDEA 13 juin 2015, MBOG LIAA fêtait ses 20 années d’existence

Association Mbog Liaa

Ce site a été mise à jour le Mardi 18 Septembre 2018 à 13:26

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Partout dans le monde, « les grands fleuves sont le lait de la culture ». Laquelle culture, matérielle et immatérielle, visible et invisible, nourrit et entretient la vie de l’être humain et des peuples. Il en est ainsi du Nil, de l’Euphrate, du Tigre et des principaux fleuves de l’Inde et de la Chine.

 Au Cameroun, le fleuve Sanaga ne devrait pas échapper à cette règle, eu égard à ses nombreux atouts, lui qui s’apparente au fleuve Nil. En effet, de même que ce dernier est le plus long fleuve d’Afrique et du monde après le Mississipi, la Sanaga est le plus long fleuve du Cameroun qui prend sa source dans l’Adamaoua.

 Par son nom générique de fleuve, lom en basaa, yom en ewondo, la Sanaga rappelle le nom égyptien iom ou ioum du Nil (d’où dérive le nom Fayoum). Les appellations basaa, lom mpubi, « fleuve blanc », désignant la Sanaga, et lom nhindi, « fleuve noir », désignant le Nyong, ne sont pas sans rappeler les désignations de « Nil blanc » et « Nil bleu » des deux branches du Nil qui se rejoignent à la hauteur de Khartoum (au Soudan) et dont la première prend sa source dans le lac Victoria en Afrique centrale et la deuxième, la sienne dans les hautes terres d’Ethiopie. Est-ce vraiment un hasard ?

S’il en va ainsi du fleuve camerounais aux accents nilotiques et dont certains peuples (comme les Beti) évoquent la traversée sur le dos d’un serpent mythique appelé Ngan Medja au cours de leurs migrations, qu’en est-il des hommes qui habitent cette grande région aux énormes atouts naturels et énergétiques, et que le colonisateur avait divisés pour en réduire la vitalité afin de mieux régner ?

Les premiers rapports coloniaux allemands (1895) avaient désigné l’ensemble des populations allant des berges du Wouri à Ngok Lituba par le terme Bakoko, tandis que l’administration coloniale française devait, par la suite, lui donner le nom de communauté Bakoko-Bassa en raison de son unité. Cette unité s’étend jusqu’aux Bati dont plusieurs observateurs relèvent l’ancienneté sur le site de Ngok Lituba (Haessig, 1910, ANC n°1500, ff. 200-202, cité par Laburthe-Tolra, 1981, p. 84). C’est ce que le Pr Bitjaa Kody, linguiste de son état, avait rapporté  dans sa communication présentée lors de la première Assemblée Générale Constitutive de Mbog Liaa.

Mais, il est vrai que cette unité remonte beaucoup plus loin dans le temps, car la communauté d’origine et de culture, ainsi que la provenance égyptienne du peuplement Basaa-Mpoo-Bati, affirmées par les traditions orales avec tout ce  qui en découle, longtemps tenues pour une légende, malgré l’essai prémonitoire d’Eugène Wonyu (1975), ou considérée comme une simple hypothèse de travail  par divers chercheurs à l’instar de Robert Ndébi Biya (1987 : 53) et Joseph-Marie Essomba (1992 : 45), sont devenus, aujourd’hui, des faits établis, difficiles à récuser, qui font partie d’une réalité historique complexe, redécouverte à partir de nos travaux universitaires ayant abouti à la soutenance d’une thèse de Doctorat Nouveau Régime en « Langues, histoire et civilisations des mondes anciens – Spécialité Egyptologie » (Oum  Ndigi, 1997).

Il s’agit d’une histoire commune et d’une parenté qui reposent sur des faits linguistiques et culturels saillants et que nos recherches ultérieures post doctorales ne cessent de confirmer.

A titre indicatif, nous pouvons mentionner les faits suivants :

1/ l’existence d’un concept commun pour désigner la parenté ou la famille, à savoir, ha ou haa, en égyptien et en basaa (Oum Ndigi, 1993),

2/ l’utilisation d’une tournure idiomatique analogue servant à exprimer l’ordinal au moyen d’une circonlocution signifiant littéralement  « qui remplit » ou « qui complète », (mehe en égyptien, yonos en basaa) précédant le numéral. Ex. : en égyptien ; per mehe 10 « la maison qui remplit (ou complète) 10 ; en basaa : pele i nyônôs 10 « la maison qui remplit (ou complète) 10, c’est-à-dire, « la 10ème maison »,

3/ l’attestation d’un nom identique désignant le dieu de la Terre  et de l’oiseau créateur mythologique chez les Egyptiens anciens, considéré comme l’ancêtre mythique ou les ancêtres primordiaux chez les Basaa , à savoir, Gb/Koba ou Gbgb/Kobakoba, le nom Gb/Koba signifiant « le Temps », de part et d’autre,

4/ la désignation commune de l’Être suprême appelé our ourou en égyptien pharaonique, devenu hllo en égyptien copte, hilolombi en basaa, ololome en b

akoko ou basoo, expression qui signifie « le plus ancien », « le plus vieux » ou « le plus grand », ou encore « le doyen », « l’ancien des anciens » (cf. article à paraître),

5/ la désignation identique, benben, en égyptien, de la pierre sacrée (une grotte sanctuaire) d’Héliopolis ( nom grec signifiant « la Cité du soleil », appliqué à la localité appelée Iounou par les Egyptiens), et mbenben ou bemben, en bati, de la grotte santuaire  Ngok Lipondo ou Ngok Lituba au Cameroun (Oum Ndigi et Ngo Ndjoke, 2007),

6/ l’appellation semblable de la canne à sucre, kach/kok  en égyptien), nkok  en bakoko, nkogo en basaa,

7/ l’évocation  révélatrice du nom Egypte dans la dénomination d’une variété de canne à sucre, la plus sucrée en l’occurrence, à savoir, igipto nkogo, littéralement, « canne à sucre d’Egypte ». Nous disposons là d’un véritable fossile linguistique et culturel conservé dans le groupe socioculturel de la Grande Sanaga (cf. article à paraître).

Mais pourquoi la Grande Sanaga hante-t-elle tant  l’esprit de Adna Matén ma Mbog Liaa ? Cette question mérite d’être posée l’on prend en considération les trois faits suivants :

 1/ près de 50 ans avant la naissance de Mbog Liaa, en 1948, il existait déjà une Amicale Sanaga comme l’avait rappelé très opportunément le  Chef Adiè, Pierre Pegngo Batta, lors du Forum de Malminan;

2/ en juin 2007, on voit apparaître le premier numéro d’un bulletin d’information appelé Mahol, Hebdomadaire de la Grande Sanaga, avec André Parfait Bell comme directeur de publication ;

 3/ le chant d’union de l’Association culturelle Mbog Liaa (qui voit le jour en 1996) n’est autre que L’Hymne La Sanaga.

 Pourquoi donc cette prédilection pour la Sanaga ? Pourquoi cette identification par rapport à un fleuve éponyme d’une zone ou d’une région géographique ? On pourrait, pour l’instant, esquisser un début de réponse à cette interrogation, en paraphrasant les propos attribués à Hérodote, le célèbre historien grec, au sujet de l’Egypte ancienne, à savoir que cette dernière était un « don du Nil » : Mbog Liaa «Le Pays de la Grotte » (d’après la célèbre traduction du Pr J. Mboui qui n’épuise pas totalement le vaste champ sémantique de cette expression) est un don de la Sanaga ! Qui dit mieux ?

Précisons, toutefois, que le Nil et la Sanaga, désignés génériquement, l’un comme l’autre, iom ou lom, c’est-à-dire « fleuve », ne sont que des hypostases de l’Océan primordial appelé Noun par les anciens Egyptiens, en tant que matrice originelle de toute forme de vie.

Le temps semble venu et les conditions réunies pour que la Grande Sanaga devienne ou redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une sapia, avatar bantou du nom égyptien, sepat/sapi, qui désigne chacun des 42 nomes ou provinces administratives et agricoles de l’Egypte ancienne et qui signifie « terrain de culture », « terrain cultivé » ou « plantation » )  et non « défricher » comme  on traduit généralement, à tort, toutes les autres variantes d’appellation attestées dans les langues bantu : tchapia, sofia, safia, safi, etc.

 Une sapia (autre fossile linguistique révélateur de la profondeur historique insoupçonnée de l’organisation sociale primitive des peuples bantu) où le progrès et le développement économique et socioculturel s’imposent, aujourd’hui, comme des défis majeurs à relever par l’ensemble du corps social basaa, mpoo et bati, toutes générations confondues.

De ce point de vue, ces dernières peuvent et doivent se prévaloir de la dynamique et des orientations prescrites par le Forum ADNA MATEN MA MBOG LIAA de Malminan pour une renaissance culturelle définitive et prometteuse d’un avenir où tout va rentrer dans l’ordre, l’Ordre juste du monde, appelé Mbog en basaa, ou Maât/Mataa/Mee, la « Vérité-Justice » de l’Egypte pharaonique.  

BIBLIOGRAPHIE

ESSOMBA Joseph-Marie, Civilisation du fer et sociétés en Afrique Centrale : Le cas du Cameroun méridional, L’Harmattan, Paris, 1992.

LABURTHE-TOLRA Philippe, Les seigneurs de la forêt, Publications de la Sorbonne, Paris, 1981.

NDEBI BIYA Robert, Etre, pouvoir et génération. Le système Mbok chez les Basa du Sud-Cameroun, L’Harmattan, Paris, 1987.

OUM NDIGI Pierre, « Le basaa, l’égyptien pharaonique et le copte. Premiers jalons révélateurs d’une parenté insoupçonnée », dans Ankh-Revue d’égyptologie et des civilisations africaines, N°2 (1993), pp. 85-123.

 OUM NDIGI Pierre, « L’expression des cardinaux et des ordinaux en égyptien et en basaa », dans Discussions in Egyptology, 33 (1995), Oxford, Great Britain, pp. 57-72.

 OUM NDIGI Pierre, « Gb/Kb/Gbgb/Koba/Kobakoba ou le nom du dieu de la Terre et de l’oiseau créateur mythologique chez les Egyptiens et les Basaa du Cameroun », dans Bulletin de la Société d’Egyptologie de Genève, 20 (1996), pp. 49-70.

 OUM NDIGI Pierre, Les Basa du Cameroun et l’antiquité pharaonique égypto-nubienne. Recherche historique et linguistique comparative sur leurs rapports culturels à la lumière de l’égyptologie, Thèse de Doctorat Nouveau Régime, Université Lumière Lyon 2, 1997, publiée aux Presses Universitaires du Septentrion, Lille, 1999.

OUM NDIGI Pierre, NGO NDJOKE Nadine, « Ngok Lituba. Mbénbén, le nom de la Pierre sacrée en bati (Bantu A 530). Note introductive méthodologique au projet pluridisciplinaire Ngok Lituba », dans Cahiers Caribéens d’Egyptologie, N°10 (2007), pp 49-54.

WONYU Eugène, L’histoire des Basaa du Cameroun de l’Egypte des Pharaons à nos jours, Ed. Culture et progrès, Douala, 1975.

 

Pierre OUM NDIGI

Egyptologue, Linguiste et Politologue

Université de Yaoundé I / Université Catholique d’Afrique Centrale

Vice-Président  du Comité de Langues et Culture Basaa-Mpoo-Bati (CLC-BMB) de l’Association Culturelle Mbog Liaa

 

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Commentaires  

 
0 # Pascal KINYOK 27-09-2012 11:11
Menyega Malet nkeni UM (OUM) NDIIGI : ngen bassa ; mbahgè a kal ndon, nyè a gwaam u yé u béna bé nol ndi inyii ini u nyii mason, ki i gwé wè. Merci Pr. En évoquant la sanaga pour notre région, je ne ne saurais qu'appuyer ta thèse et ton analyse historique pour dire que notre sanaga n'en déplaisent aux détracteur est la source de l'économie du Cameroun depuis son existence. C'est une grâce et un don de Dieu pour notre peuple. Depuis sa source dans l'adamaoua, il a fallu que la sanaga rentre dans notre région pour devenir un fleuve producteur et source d'énergie pour notre pays et notre région d'Afrique centrale. exemple des grands projets Hydro-électriques. La sanaga, notre don du ciel attire bien des convoitises... A nous de savoir les gérer.
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0 # Anja 01-06-2018 07:19
Disponível dentro de: ?v=xzXmLpCH47o&feature=relmfu.
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