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Septuagénaire et toujours pimpante d’idées pour les causes africaines et de sa culture d’origine, la doyenne des Camerounais du Canada garde les idées généreuses d’une révolutionnaire.

Partie du Cameroun en 1958, « quelques semaines après l’assassinat de Ruben Nyobè », précise-t-elle, maman Cécile Ngo Holl vit toujours avec son pays natal dans la tête. Pourtant, malgré un court retour au pays, entre 1963 et 1968, on peut la considérer comme une exilée de longue date. Toutefois, souligne-t-elle, « il y a deux choses que je n’ai pas perdues : ma culture et mon accent bassa’a ». C’est donc une Africaine et Bassa’a assumée qui vit au Canada, ce pays lointain qu’elle est venue découvrir « par goût de l’aventure ».

La maman communautaire 

Les communautés bassa’a de Montréal lui vouent le respect due à son âge et à son engagement pour les causes, non seulement des Camerounais mais aussi des autres communautés immigrantes au Canada. Née au village Mboulè, dans l’arrondissement de Makack, Cécile Ngo Holl perd rapidement ses parents. Orpheline, elle est recueillie par sa tante, « mama Jeanne », dont elle garde nostalgiquement la photo, en noir et blanc, dans le salon de son appartement montréalais. Elle lui garde une reconnaissance éternelle, cette femme analphabète qui a pourtant décidé d’envoyer la jeune Cécile à l’école, contrairement aux usages de l’époque qui réservaient les filles pour les travaux ménagers, les préparant à la vie d’épouse. Mais de cette époque, Cécile garde intacte les images des activités champêtres, la cueillette des fruits, le ramassage du bois de chauffage, la cuisine qu’elle apprenait à faire à l’ombre de « mama Jeanne » et surtout les escapades entre jeunes filles à la rivière Mboulè. C’est ce village-là qu’elle a gardé dans sa tête, malgré ses multiples voyages au pays ces dernières années qui lui ont révélé les nombreux changements sur le paysage de son enfance.

Elle voyage déjà à travers le pays bassa’a, au gré de ses protecteurs, pour ses études primaires et secondaires : École protestante de Nkong Ngi, Institut des missions évangéliques de Libamba, les villes d’Éséka et Douala, etc. Déjà, elle se fait remarquer par sa liberté d’esprit, se faisant renvoyer de l’école par les missionnaires américains, par exemple. Mais elle pétille aussi d’intelligence, grâce à laquelle elle passe avec succès, le concours d’entrée à une école des assistantes sociales en France, en 1958. Elle quitte le pays à l’âge de 18 ans et étudie à Limoge, à l’école de la Croix rouge pendant 4 ans, pour devenir infirmière et assistante sociale puis à Paris, dans un institut de la puériculture, pendant un an.

Mariage avec le Pr. Pierre Ngijol Ngijol

C’est en cette année 1963, qu’elle rencontre Pierre Ngijol Ngijol, un Normalien qu’elle épouse trois mois plus tard. « C’est le jour de notre mariage, alors qu’on était chez le photographe, qu’on est venu lui annoncer son succès au concours d’agrégation », se rappelle-t-elle, souriante, avant d’ajouter « n’est-ce pas beau ça? » Le couple embarque, la même année, pour le Cameroun. Le prof et l’infirmière y passeront quatre années, avant de regagner la France où Pierre Ngijol venait d’avoir un poste à La Sorbonne et elle, une bourse de l’Oms.

Mais elle se souvient comme si c’était hier, de ses difficultés à fonctionner au sein de l’administration de la santé à l’époque. Elle quittera l’hôpital central où elle se vouait aux enfants pour un centre de social de quartier à Nlongkak. Là aussi, elle se souvient avoir organisé l’éducation des femmes, avec lesquelles elle tenait de nombreuses réunions. Mais cela ne semblait pas plaire à son entourage professionnel qui l’accusa rapidement d’organiser les réunions de …l’UPC (Union des populations du Cameroun, parti fondé par Ruben Um Nyobè et interdit depuis 1955). Jusqu’à présent, Cécile en parle avec amertume et s’imagine que cette accusation est à l’origine de son second départ du Cameroun. « Je crois qu’on voulait nous éloigner du pays. Ahidjo semblait redouter Pierre, le tout premier agrégé d’Afrique noire après Senghor, qui, lui, était président du Sénégal…On lui a donc brusquement trouvé un poste à La Sorbonne et moi, alors que je n’étais candidat à rien, on m’a offert une bourse de l’Oms ».

La valise dans la tête

Ce départ du Cameroun ne fera que précéder ses déboires de couple, puisque le couple se séparera quelques temps après, Pierre ayant épousé une autre femme, celle qu’elle désigne comme « la fille du village », choisie par les parents du mari. Aujourd’hui écrivaine, Cécile Ngo Holl raconte sa vie de couple dans l’un de ses romans, « Ambilla trois, la valise dans la tête », le troisième d’une trilogie qui commence par « Ambila l’Africaine » et « Ambila face à son destin ». Dans ces romans, nous découvrons l’Afrique dans ces profondeurs mais aussi la vie intime de Cécile, ses voyages à travers de nombreux pays, ses expériences de vie et sa vision de notre monde. Elle s’installe au Canada en 2013, après sa retraite. Citoyenne française, elle ne s’imaginait pas le chemin de croix qu’elle allait vivre pour s’installer au Canada et les procédures d’obtention de la carte de résidente permanente. Elle ne nous en parle pas beaucoup car, promet-elle, le prochain livre raconte cette partie de sa vie.

Membre de plusieurs associations de nature diverse, elle est une citoyenne de la cité qui embrasse de nombreuses causes nobles. Elle aurait rêvé d’être très impliquée dans le quotidien des activités des associations camerounaises, dit-elle, mais les divisions et les égoïsmes de ses compatriotes l’ont découragée. Désormais, nous confie-t-elle, « je préfère assister aux événements camerounais ou de la communauté bassa’a mais je n’entends plus m’impliquer ». Ce n’est pas une rupture avec ses racines, car elle espère bien rentrer pour ses derniers jours au pays, même si elle se demande dans « quel Cameroun » elle va vivre. Tout lui paraît étranger là-bas : les mentalités ne sont plus celles de l’époque de sa jeunesse où les gens étaient guidés par le sens de l’honneur, du respect de nos cultures, de la dignité et de l’honnêteté; elle se pose aussi des questions sur les libertés individuelles, l’émancipation réelle des populations bref, Cécile recherche son Cameroun natal, le Cameroun de tous les rêves des jeunes de son époque, moulés au nationalisme et au devoir pour la nation. Mais de ce sourire qui ne la quitte jamais, elle dégage toujours par sa voix maternelle, l’espoir de retourner bien un jour pour sa retraite en pays bassa’a, car elle a toujours sa « valise dans la tête ».

Venant Mboua

Radio Allô Afrika (www.alloafrika.com)

Montréal

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