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Penser à traduire le Messie de Haendel en Bassa et oser entreprendre une tâche pareille était un pari très ambitieux, quand on sait combien est réduit le champ des langues dans lesquelles cette œuvre de référence a été traduite. Après l’Hébreux, le grec, le russe, l’allemand, l’anglais, le français, voici le Messie traduit en bassa.

Ne pas comprendre la portée plurielle de cette prouesse c’est ignorer les importants enjeux que revêt le phénomène culturel dans le monde d’aujourd’hui. Le vêtement est culture, les modes de pensée sont culture, les référentiels historiques et les projections futures sont culture, les arts sont culture, la vision du monde est culture et c’est la langue qui coiffe toutes ces variables en leur donnant vie et expression. Je voudrais sincèrement féliciter la Chorale Emmanuel qui a réussi à mener à bien le projet qui nous a réuni ce soir du 27 avril 2013, et qui en cela grave son nom dans l’histoire de la musique classique.

On pourrait croire qu’il est superflu de célébrer un événement comme celui-ci dans notre contexte où l’accès, la compréhension et la consommation de la musique classique sont encore résiduels, un contexte marqué par des à priori et des jugements de valeur discriminatoires à l’égard de ceux qui portent leur préférence à l’écoute et à la pratique de ce genre musical tout simplement parce qu’il ne nous concernerait pas.

Ce serait oublier que la musique, comme le sport reste l’un des éléments qui ne connaissent pas de barrières économiques, continentales, raciales ; elle est art et célèbre le beau qui lui, est universel. Les artistes tels que Manu Dibango, Francis Bebey, Richard Bona, Vincent Nguini Bebey manga et bien d’autres ont porté notre musique hors des frontières du Cameroun, notre musique chantée dans nos langues. Leurs compositions ont été interprétées et leurs textes traduits en plusieurs autres langues.

Pourquoi cherche- t- on aujourd’hui plus que par le passé à renforcer les regroupements culturels ? Parce qu’au delà des arguments économiques qui les accompagnent, leur existence tient à l’impératif de vie de la culture et de pérennisation de la langue, cette dernière représentant désormais une modalité de puissance. C’est l’objectif que vise le français à travers la francophonie, l’anglais à travers le Commonwealth, l’allemand à travers le programme PACH qui est expérimenté dans 1500 établissements scolaires à travers le monde dont 5 au Cameroun.

Quand on sait que le Messie est l’Oratorio le plus exécuté dans le monde, on comprend que sa traduction dans une langue camerounaise valorise nos cultures en même temps qu’elle constitue, par l’appropriation du texte sacré qu’il véhicule, un vecteur majeur d’inculturation. Le Messie est pour les formations chorales, ce que la Bible est pour les chrétiens ;

Nous voulons ici remercier Mme le ministre de la culture pour l’appui qu’elle a apporté à la réalisation de ce projet, appui qui témoigne de l’attachement qu’elle porte à nos langues. Je souhaite également que l’expérience entamée par les pouvoirs publics et visant à l’enseignement de nos langues dans nos écoles se poursuive résolument. Quant à nous, les dépositaires de la culture bassa m’poo bati, nous voulons manifester ici notre satisfaction et formuler nos encouragements à la chorale Emmanuel, à la paroisse Adna qui ont compris que sans sa culture on est très fragile et qui par cette œuvre transportent notre culture et nos langues dans la dimension mondiale, en nous permettant de continuer à survivre à la menace de notre extinction encouragée par la mondialisation.

Merci enfin à mon talentueux frère Um Nsoa Ruben de m’avoir l’instant d’une inspiration bien sentie, prêté un bout de sa plume. Qui a prétendu qu’il n’y avait pas de nègre chez les Bassa ? c’est là aussi l’un des mystères du Messie, et ce n’est pas le moindre.

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